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2 ème Congrès Francophone sur L'Agression Sexuelle
Du 7 au 9 Mai 2003 Bruxelles-Belgique.
Etre Victime Dans Un Environnement Sourd-Muet
Autres Realites, Autres Therapies
Par Sybille Ngo Nyeck
Le problème de l'agression sexuelle a pris une dimension internationale. Au Cameroun, deux juridictions se côtoient pour prévenir et réprimer les abus sexuels : La juridiction orale (traditionnelle) et la juridiction écrite (code pénal).
I. Prévention et répression des infractions à caractère sexuel au Cameroun/Législation internationale en la matière.
a) La juridiction traditionnelle et son influence positive ou négative dans la culture et la prévention des abus sexuels.
Pour le mieux que l'on puisse dire, hormis l'excision, le mariage forcé, l'inceste n'est légitimé par aucune tribu au Cameroun. Certaines situations ont malheureusement favorisé les abus sexuels en général et l'inceste en particulier. Traditionnellement, l'enfant en Afrique est prise en charge par toute la communauté très souvent bâti sur un modèle phallocratique de domination masculine.
Quelques situations ont favorisé voir même légitimé sous le contrôle de la société, les abus sexuels sur les plus faibles. Ca été le cas de certains rites d'initiation sexuelle.
La soumission traditionnelle des femmes, le déni de la parole aux enfants ont couvé pendant longtemps les agressions sexuelles au nom de la tradition. Le mutisme assigné aux agressé(e)s sexuels porte préjudice aux enfants à qui nous reconnaissons aujourd'hui des droits notamment le droit d'avoir une opinion et de s'attendre que cette opinion soit respectée de tous.
Cette tradition de discrimination sexiste et ageiste d'une autre époque qui baptise la victime et l'agresseur dans les mêmes eaux de la purification prouve bien qu'elle a besoin d'être re-interprétée si non abandonnée au meilleure des cas. Rejeter la responsabilité des actes criminels sexuels sur des forces abstraites pose un risque de banalisation et de méfiance irrationnelle du problème et des victimes.
La culture étant une somme de réponses individuelles et collectives aux défis internes et externes, les rites existants ne répondent pas aux attentes de tous parce qu'ils ont été élaborés pour la plupart sans l'avis des femmes et des enfants qui représentent le gros pourcentage des agressés sexuels. Les rites du purification ne peuvent donc être sérieusement considérés comme des réponses individuelles et collectives des victimes. Si le rite n'est pas capable de tracer la frontière entre l'agresseur et l'agressé(e) il est évident que sa thérapie ne peut pas être d'une très grande utilité surtout pour la victime. Le rite de purification enfin, fait une fixation sur l'agression physique oubliant que l'agression sexuelle n'a pas toujours besoin d'atteindre l'intégrité physique pour se réaliser.
La tradition est une construction qui doit être déconstruite quand elle porte atteinte à la dignité humaine. La purification rituelle des agressé(e)s sexuel(le)s porte un faux message et un faux espoir à l'endroit des victimes.
A mon avis, le seul « rite » contemporain sensé et d'utilité publique pouvant servir de référence est « la convention relative aux droits des l'enfants » qui s'inspire à juste titre des traditions tout en surmontant les lacunes du système traditionnel. La tradition est une construction qui doit être déconstruite quand elle porte atteinte à la dignité humaine. La purification rituelle des agressé(e)s sexuel(le)s porte un faux message et un faux espoir à l'endroit des victimes. Un modèle d'une pseudo paix sociale qui sacrifie la vérité et qui se bâti sur l'injustice au détriment des sanctions pénales doit être reniée. La juridiction traditionnelle cultive:
- L'hypocrisie par le silence sur l'inceste et la mystification de la souffrance
des victimes.
- Elle renforce et impose est schémas de rapports coercitifs entre homme-femme ;
entre fort-faible.
- Elle interdit certes, l'inceste, mais ignore l'agression elle-même.
De nos jours, la situation des femmes et surtout celle de enfants reste précaire. La pauvreté des ménages expose les jeune filles à la prostitution avec tous son corollaire d'infections vénériennes, de VIH/SIDA, et de grossesses inopportunes. L'avortement clandestin continue à faire des victimes à l'échelle nationale. La situation des adolescentes-mères aujourd'hui n'indigne plus personne. Certaines familles ne disposent même pas d'un lit pour un enfant. Par conséquent, l'enfant est très souvent envahit dans son intimité par des membres de la famille et parfois par des inconnus qui ne lui veulent pas toujours du bien.
Si le système traditionnel parle peu pour les victimes de l'agression sexuelle et de l'inceste en particulier, il est aussi à déplorer que la justice de la juridiction légale ne soit pas toujours ce qu'on attend d'elle.
b) La juridiction légale, ses espoirs et limites dans la prévention des agressions sexuelles.
Les infractions à caractère sexuel sont bien réprimées par la loi camerounaise. La législation en la matière est contenue dans le code pénal. Sont ainsi réprimés : le proxénétisme ( Art. 294 ), l'outrage privée à la pudeur ( Art. 295 ), le viol ( Art. 296 ), la prostitution infantile ( Art. 343 ), la corruption de la jeunesse ( Art.344 ), le mariage forcé ( Art. 356 ), l'inceste ( Art.360 ) etc. Les peines pour ces délits sont doublées lorsque le ou les auteurs sont les parents ou ceux qui ont autorité sur la victime et dans ces derniers cas, les peines sont accompagnées de déchéance parentale. L'action judiciaire est désormais déclenchée par dénonciation orale ou écrite ou par un signalement. Une personne mineure (en dessous de 21 ans) ne peut être entendue en justice qu 'accompagnée de ses parents ou tuteurs.
Cette disposition handicape les mineur(e)s par leurs parents ou tuteurs/tutrices abusé(e)es. C'est aussi sans tenir compte de la réalité culturelle qui fait que l'agression n'est pas dénoncée elle est le plus souvent découverte à cause des tabous culturels millénaires sur la sexualité. Les victimes miment l'abus et, ceux/celles que ça intéresse en parlent mais personne ne dénonce. Le plus souvent, on va préférer un arrangement à l'amiable avec récompense financière à d'un procès pénal qui apporterai déshonneur et compromission des chances futures de la jeune fille abusée d'être « choisi » comme épouse. Les coûts sont exorbitants des frais de justices sont aussi un handicap pour les familles moyennes.
Il n'y a pas encore une véritable prise de conscience sur le problème de la pédophilie et de sa gravité. On assiste plutôt à un désengagement de la société; à une cassure du contrat social/moral envers les enfants.
Il n'y a pas encore une véritable prise de conscience sur le problème de la pédophilie et de sa gravité. On assiste plutôt à un désengagement de la société; à une cassure du contrat social/moral envers les enfants. Pourtant, nous avons besoin d'une loi et d'un discours qui naissent du substrat d'une pratique qui rende compte de la situation, comme de la position de celui ou de celle qui la prononce ou qui la subit. Ce n'est pas encore la cas.
En maintenant le délais de poursuites judiciaires pour un crime à dix 10 ans, la loi prive les abusés du droit de porter plainte plus tard. On leur reproche en quelque sorte de grandir et de vouloir se défendre dans un milieu où les adultes ne sont pas prêts à renoncer aux prérogatives que leur confère la primogéniture. La conséquence c'est que le pourcentage des agressions sexuelles sur mineurs va de plus en plus croissant et la plupart des cas restent ignorés de la justice. A ces barrières s'ajoutent la gangrène la corruption du système judiciaire qui bénéficie de tous les « doutes » circonstance aggravante de l'impunité. Mais pour la plupart des victimes de l'inceste que j'ai rencontré, le besoin de se sentir soutenu(e), comprise dans ce qui arrive est très souvent plus fort que celui de se faire justice.
II. ONG et Gouvernement dans la lutte contre l'Agression Sexuelle
Au Cameroun, les ONG de défense des enfants n'ont pas réussi à engendrer une conscience sociale critique encore moins une justice sociale qui tienne compte de la diversité des réalités locales, culturelles et nationales. Certaines ONG se passent pour des alliés idéologiques mais leur véritable campagne vise à s'attirer des privilèges économiques plutôt qu'à travailler sur l'agression sexuelle. Il n'y a pas d'alliance fondamentale des Ong, ni du gouvernement avec les agressé(e)s sexuel(le)s. Il n' y a pas osmose entre les couches d'agressé(e)s et leurs prétendus défenseurs; il n' y a pas de transfert de vocabulaire.
La souffrance est récupérée et utilisée tout simplement comme fond de commerce par les plus rusé(e)s dont les analyses et études n'expriment que rarement et clairement des options situationnelles et existentielles. Chacun de son côté (gouvernement et ONG) se fait la voix des sans voix ce qui leur confère une certaine légitimité et une certaine bonne conscience mais pas d'efficacité.
Les pouvoirs publics sont tièdes dans leur engagement dans la lutte pour la protection de l'enfance, pour le respect des droits des enfants et le silence et l'hypocrisie perdurent. Pourtant, il est nécessaire pour l'intérêt supérieur des enfants , que toutes les forces sociales culturelles et politiques s'unissent contre les abus sexuels. Malheureusement, dans cet environnement sourd-muet, l'agression sexuelle reste une affaire privée.
Pas de centre d'écoute/d'accueil spécialisé. L'assistante sociale est à la limite la secrétaire des victimes quand ces dernières parviennent à retrouver son bureau. Elle n'a aucun pouvoir d'action réelle.
Il n'existe pas un seul numéro vert pour les personnes subissant une agression sexuelle. Pas de centre d'écoute/d'accueil spécialisé. L'assistante sociale est à la limite la secrétaire des victimes quand ces dernières parviennent à retrouver son bureau. Elle n'a aucun pouvoir d'action réelle.
L'absence d'un observatoire national des maltraitances et des violences sexuelles rend les chiffres incomplets. Il manque aussi cruellement d'experts en matière de pédophilie. Je ne sais pas s'il en existe un seul au cameroun.
Ce qui est incontestable, c'est l'absence d'alliances stratégiques entre partenaires sociaux. Chacun bouge à son rythme comme il peut et quand il peut. C'est le règne de la débrouillardise. Quelques personnes se sont néanmoins intéressées à la recherche sur les abus sexuels.
A. A Propos de la Recherche
Au Cameroun, c'est à Pauline BIYONG que revient le mérite d'avoir initié en la recherche sur la question. L'intéressé a trouvé près de 39% d'abus sexuels sur une population de 44 enfants mineurs de 16 ans dans sa thèse de médecine en 1990 à l'Hôpital central de Yaoundé. Depuis lors, d'autres travaux ont été élaborées par MBASSA MENICK & NGOH entre 1997 et 1999 .
Une étude faite en 1999 par MBASSA MENICK & NGOH visait à - estimer la prévalence des abus sexuels en milieu scolaire - Préciser la participation réelle des enseignants afin de dégager des activités de prévention et de prise en charge des victimes. La période d'étude d'une enquête transversale par questionnaire s'est déroulée sur 6 mois (le premier semestre de l'année 1999). Si l'école a été choisi, ce n'est pas parce qu'elle a emboîter le pas à la famille en ce qui concerne les abus sexuels mais parce que « l'école est en effet un carrefour privilégié ; c'est le lieu de rencontre et de débat pour tous ces adolescents victimes malgré eux » .
M. Mbassa observe d'ailleurs que:
- De nombreux élèves se sont exprimés sur leur vécu. Ces jeunes avaient besoin d'en parler. Leur vécu est souvent très douloureux et pathétique. L'immobilité qui prendrait donc pour excuse l'invisibilité des victimes est donc à la fois mensongère
et inexcusable.
- Ensuite, il a été démontré que, l'importance de la victimisation sexuelle des élèves d'une façon générale, fut-elle administrée par des agresseurs extérieurs aux établissements avait un impact négatifs sur le comportement des élèves.
- Qu'aucun centre d'écoute ni d'infirmerie scolaire n'existait dans les établissements visités.
Pire encore, aucun projet d'information, de sensibilisation à la détection de la maltraitance sexuelle et à son signalement n'était opérationnelle. La situation est restée la même
jusqu'aujourd'hui.
Selon ces études la participation du corps enseignant dans la réalisation de tels actes était non négligeable : 13,7% sur une population de 51 cas dont 9,8% de professeurs et instituteurs contre 3,9% de répétiteurs de cours à domicile. Cette inquiétude peut être légitime lorsque ces auteurs (1999) indiquent une participation plus élevée de ces professionnels de l'enfance avec 29,4% de professeurs et instituteurs contre 23,5% de répétiteurs sur une série de 17 cas.
B. L'inceste/Pédophilie
Mais cette enquête porte sur l'agression sexuelle en milieu scolaire. A ma connaissance, aucune étude n'a encore été faite sur l'inceste au Cameroun. Pourtant, l'inceste touche toutes les couches sociales. Le silence de la société est la preuve des abus sexuels en tant que norme acceptée par les chaînes du silence mises en oeuvre pour perpétuer la surdité et le mutisme. Le problème des abus sexuels est une réalité qui est restée longtemps "ignorée" par notre société mais, cette réalité est de plus en plus reconnue au vu des témoignages rapportés plus que sur des statistiques. Mme BIYONG (1990) a trouvé près de 42% d'agressions sexuelles au domicile de la victime. D'après Mbassa, L'agression sexuelle avait pour lieu le domicile des protagonistes (71,3%) et dans cette éventualité, le domicile de la victime dans 123 cas (43%) et le domicile de l'agresseur dans 81 cas (28,4%). Ma connaissance des abus sexuelles tient de l'expérience personnelle et des témoignages des personnes avec qui j'ai eu à travailler. Il y a aussi bien sûr les scandales rapportés par des journaux à sensation.
D'après l'étude de Mbassa, « la distribution des âges des victimes va de 4 à 15 ans avec une moyenne de 11,6% et un écart type de 3,02%. Les abus sexuels concernent le plus souvent les enfants en période pré-pubertaire et pubertaire (72,9%). Ils sont cependant non négligeables avant l'âge de 10 ans, mais ne concernent alors que les filles dans la majorité des cas . Cette tendance a été confirmée par des études antérieures : MBASSA MENICK (1997) ; MBASSA MENICK &NGOH (1998, 1999), MBASSA MENICK (1999). * Les filles étaient concernées dans 72,5% de cas contre 27,5% pour les garçons. Des études antérieures ont montré des proportions largement différentes avec plus de 90% de filles et moins de 10% de garçons (MBASSA MENICK & NGOH 1998, 1999).
Les attouchements constituent le mode d'abus sexuels le plus fréquent avec 54,6% de la série . Certaines études antérieures ont montré une très large proportion de viols souvent supérieure à 90% MBASSA MENICK (1997) ; MBASSA MENICK &NGOH (1998,1999). Mais ce résultat se rapproche de celui de MBASSA MENICK (1999) sur la pénalisation des offenses à caractère sexuel, en ce qui concerne les viols qui atteignaient 41,5% des cas sur une population de 224 victimes. L'espoir vient néanmoins du fait que, contrairement à une idée reçue les victimes parlent elles crient leur douleur comme elles peuvent mais très souvent à des personnes pas du tout préparées à leur apporter une aide efficace. « 57,6% des victimes ont parlé à quelqu'un de l'abus sexuel subi . Il s'agissait le plus souvent d'un frère, d'une soeur, d'un cousin, d'une cousine ou d'une ou d'un ami dans 33,4% des cas et aux parents (généralement la mère) dans plus de 23% des cas. Les victimes parlent pendant et après l'abus souvent à mots -couverts. S'il y a un silence à briser ce n'est pas celui des victimes ( qui écrivent droit leur histoire avec des lignes courbes), mais de la société.
Conclusion
D'une part, étant donné que la Communauté Internationale a son mot à dire là où les violations/manquements des traités internationaux sont évidentes. D'autres part, connaissant l'impact des actions des ONG dans la lutte contre les agressions sexuelles à l'échelon national, régional et international, je propose :
Je vous remercie.
Sybille Ngo Nyeck contribue régulièrement sur la colonne Les
couleurs de la Conscience. Elle peut être contactée à l'adresse
suivante: sybeck77@yahoo.fr
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