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Joseph, une Courageuse Lesbienne Camerounaise
by Sybille Ngo Nyeck

En ce temps là, le royaume des cieux sera semblable à dix vierges qui, ayant pris leurs lampes, allèrent à la rencontre de l’époux. Cinq d’entre elles étaient folles et cinq sages… Comme l’époux tardait, toutes s’assoupirent et s’endormirent. Au milieu de la nuit, on cria : Voici l’époux allez à sa rencontre ! …les folles dirent aux sages: donnez-nous de votre huile, car nos lampes s’éteignent. Les sages répondirent: Non; il n’y en aura pas assez pour nous et pour vous; allez plutôt chez ceux qui vendent, et achetez-en pour vous… Plus tard, les autres vierges vinrent et dirent: seigneur, seigneur ouvre-nous. Mais il répondit: je vous le dis en vérité, je ne vous connais (Matt. 25:1-12).

Une parabole pas comme les autres est celle que nous appelons "la parabole des dix vierges." D’abord, les femmes y sont majoritairement représentées. Ensuite, les circonstances et le temps dit "de la fin" dans lequel elles évoluent sont autant d’éléments qui justifient le choix de cette parabole pour la communication de ce mois.

Avant de poursuivre, je voudrais faire une mise au point par rapport au sens que je donne au temps, au royaume des cieux, au symbolisme des dix vierges. "En ce temps là…" est une expression qui marque un temps bien défini. Le Temps en lui-même étant infini, il ne peut s’agir que d’une mesure temporelle synonyme d’histoire, de période dans le Temps Infini traversée par des flux d’énergie Cosmique où la Création tout entière et les femmes en particulier, sont conviées à incarner différents rôles qui, loin de s’exclure se complètent dans la mesure où, la vie et l’expérience des femmes dans le combat pour l’accomplissement de leurs rêves ne sauraient être standardisées.

Pour la première fois, et peut-être l’unique fois dans la bible, le "royaume des cieux" est semblable dans le fond et dans la forme à des femmes. Elles constituent une communauté théomorphique.

Vu sous cet angle, la notion de virginité quand on considère l’expérience des femmes, ne devrait plus être prise pour ce qu’elle n’est pas: le baromètre de l’innocence; le synonyme de la naïveté. La virginité nous renvoie à ce qu’il y a de plus naturel, de brut, de sauvage, d’authentique, d’original dans la création.

Ceci dit, même si nous notons des clivages au niveau de leurs identités, il n’en demeure pas moins que sur le plan Cosmique, elles sont incontestablement égales. Le cosmos s’identifie à elles sans discrimination. Le royaume est semblable à dix vierges sages et folles. L’apparente catégorisation entre folles et sages ne devrait pas être une forme de ghettorisation bien plus, la différence ici affichée est normale car, le temps n’est jamais accepté ni vécu uniformément par tous. Vu sous cet angle, la notion de virginité quand on considère l’expérience des femmes, ne devrait plus être prise pour ce qu’elle n’est pas: le baromètre de l’innocence; le synonyme de la naïveté. La virginité nous renvoie à ce qu’il y a de plus naturel, de brut, de sauvage, d’authentique, d’original dans la création. C’est dans leur originalité respective que la liberté d’expression individuelle et collective, la diversité ainsi que la controverse contribuent à l’élévation de l’esprit.

Il faut néanmoins distinguer ces modes d’expressions originaux et originels selon qu’il s’agit du monde naturel physique ou du monde naturel spirituel car, à chaque monde correspond un langage spécifique. Si nous prenons l’exemple du sommeil, nous dirons qu’il est indispensable au monde naturel physique. Par contre, le monde naturel cosmique ne connaît, ni le sommeil, ni la mort: "Celui qui te garde ne dort ni ne sommeille" (Ps. 121:3-4). Dormir dans la dimension cosmique peut vouloir dire mourir sur le plan physique: "sortez d’ici ; la petite n’est pas morte mais, elle dort" (Matt. 9:24). Il est tout aussi prouvé par la science et par la bible que, celui qui sur le plan physique dort, peut être éveillé sur le plan psychique. "Dans cette situation, la grâce atteint le dormeur non pas comme un appel à perdre son identité mais plutôt comme un outillage qui permet la découverte de l’identité réelle et l’affirmation de sa force, son talent, et sa responsabilité." Les prophètes de la bible ont toujours vu dans les rêves prémonitoires, une forme d’écriture divine.

Il se trouve malheureusement que, les programmes des sociétés comme ceux que l’église, ne satisfont pas toujours ceux pour qui ils sont conçus. A ce moment, les individus sont amenés à se fixer leurs propres repères; à rompre plus ou moins avec ce qui ne satisfait pas leurs attentes profondes; à faire des choix…

L’huile est un autre symbole cosmique dans cette parabole. La mesure emportée par chacune des dix vierges pourrait représenter le niveau de dépôt de l’élément spirituel et, ce qui manque à cette mesure pour qu’elle soit pleine, la place qu’occupent les projections et les attentes de chaque femme par rapport à la société. Il se trouve malheureusement que, les programmes des sociétés comme ceux que l’église, ne satisfont pas toujours ceux pour qui ils sont conçus. A ce moment, les individus sont amenés à se fixer leurs propres repères; à rompre plus ou moins avec ce qui ne satisfait pas leurs attentes profondes; à faire des choix; à adopter des comportements circonstanciellement fous ou sages. Ces mécanismes de défense et de survie surgissent très souvent dans un environnement qui entretient et multiplie des actes de violence, d’indifférence et de dénigrement envers ceux/celles qui désirent épouser spirituellement et socialement leur idéal de vie. L’homphobie est l’une de ces armes à l’ignorance enrichie qui produisent des déracinés sociaux à une vitesse exponentielle.

Face à ce qui devrait être dénoncé comme l’absurdité du siècle, tous n’ont pourtant pas la même attitude. Il y a ceux qui pensent que la société et l’église changeront d’elles-mêmes. Cette approche on ne peut plus passive est à la fois aliénante et suicidaire parce qu’elle nous nie la volonté et même les capacités d’écriture de notre propre histoire.

Il y a aussi l’approche du militantisme de réserve. La réserve étant ce qu’il reste après que la fatigue, le découragement, le doute aient été acceptés, assimilés, digérés et enfin conquis. Le plus important dans l’impasse étant de savoir tirer le bénéfice de chaque situation.

La réserve, c’est la dernière goutte d’huile qui entretient la lampe cosmique et qui dans la nuit, nous aide à trouver le chemin vers la liberté comme par le toit de notre souffrance. C’est l’espoir qui nous maintient en vie quand nous sommes forcés d’abandonner nos vocations, de porter des cagoules, de faire des mariages de façade, de s’exiler loin de nos familles et de nos ami(e)s parce que sur la base de l’orientation sexuelle, nous sommes interdit à tout bonheur. Une chose est pourtant vraie: la souffrance, quand elle est maîtrisée dans le bon sens, devient un ferment qui produit sagesse et militance couplée de foi et de courage pour la justice en vue de l’accomplissement de la vocation dont on s’est fait les défenseurs. La militance à vocation créative et re-créative est une dynamique qui fait avancer notre combat-époux.

Il s’agit réellement d’un mouvement mais, avant tout d’une expérience qu’on ne peut imposer aux autres sans risquer de les frustrer. "La vision ici, est celle d’une autonomie relationnelle qui valorise l’inviolable mystère personnel de la personne qui est essentiellement construit au travers de sa relation avec les autres."

Les vierges sages sont moins enthousiastes à partager leurs réserves parce qu’elles savent que la vraie militance ne s’importe ni ne se prête. A moins de naître des personnes en difficulté elles-mêmes, les solutions trouvées par d’autres devraient obligatoirement être re-adaptées au contexte culturel qui se les re-approprie. L’inculturation de la militance on le sait, est un pré-requis qui garantie l’authenticité et la durabilité des actions menées.

Ce qui est partagé par ces sages femmes, c’est l’information et la bonne information. "Ce qui manque le plus, disait mon professeur de littérature, c’est l’idée et le courage et non les moyens." Les femmes refusent de faire d’autres femmes des sujets de la pauvreté et de l’endettement. Elles donnent l’exemple d’une assistance qui stimule l’effort personnel et incite à la créativité, facteur d’émancipation.

Au Cameroun et depuis quelque temps, écrire contre l’homosexualité et les personnes homosexuelles est devenu un raccourci pour vendre son papier. Se déclarer homophobe ici n’est pas seulement normal mais, c’est surtout une façon de mettre en valeur sa plume et se mettre soi-même à l’abri du soupçon.

En fin d’année 2001, un scandale éclaboussait le milieu diplomatique. Un ambassadeur ouest africain était alors indexé par la presse comme étant un homosexuel… les camerounais ont constaté que ce dernier, doyen du corps diplomatique depuis de nombreuses années a été, quelque temps après ces allégations remplacé dans la fonction de doyen par le nonce Apostolique à la traditionnelle cérémonie de présentation des vœux au chef de l’Etat.

En fin d’année 2001, un scandale éclaboussait le milieu diplomatique. Un ambassadeur ouest africain était alors indexé par la presse comme étant un homosexuel. Il n’y a eu aucune réaction officielle du gouvernement et ce fut presque sans étonnement que les camerounais ont constaté que ce dernier, doyen du corps diplomatique depuis de nombreuses années a été, quelque temps après ces allégations remplacé dans la fonction de doyen par le nonce Apostolique à la traditionnelle cérémonie de présentation des vœux au chef de l’Etat.

Dans la foulée de journalistes engagés dans cette chasse aux homosexuels, il y a Joseph Marie Fils Ndjama qui, dans les colonnes du magazine Confidence du no 18 du 15 mars 2002 écrit un article de vide dans le fond et dans la forme truffé de soixante seize fautes d’orthographe et de grammaire.

D’après lui, l’homosexualité est une abomination; une forme de terrorisme sexuel. Les homosexuels sont des prostitués, des hommes déçus par les femmes en somme, des animaux. Il préconise pour ces "démons du sexe" (d’après son expression), la peine capitale ou l’emprisonnement à vie.

Malgré cette volonté d’institutionnaliser l’homophobie, il y en a aussi des journalistes qui, au lieu de coasser sur ce qu’ils ne connaissent pas, organisent plutôt des débats radiophoniques où les personnes homosexuelles peuvent intervenir anonymement afin d’éclairer l’opinion sur leur choix sexuel.

Joseph est une lesbienne qui n’a pas téléphoné mais, qui est passée en direct et s’est exprimée à cœur ouvert et sans honte sur son orientation sexuelle. A une heure de grande écoute, elle s’est adressée à la société hypocrite qui le matin se réfère à la bible pour condamner ce qu’elle ne connaît pas afin de se débarrasser de ceux/celles qu’elle juge indésirables et qui le soir venu, maudit cette même bible qu’on dit tout bas être l’opium du peuple noir au service de l’idéologie impérialiste des blancs.

Joseph restera longtemps dans notre mémoire comme le symbole d’un courage et surtout, d’une honnêteté qui dans ce monde, devient un délit.

Sybille Ngo Nyeck contribue régulièrement sur la colonne Les couleurs de la Conscience. Elle peut être contactée à l'adresse suivante: sybeck77@yahoo.fr

 

 

ENDNOTES:

Elizabeth A. Johnson, She Who Is. The Mystery of God in Feminist Theological Discourse, E. A. Johnson, 1992, p.64. Traduction personnelle.

2 Op. Cit., p.68.